Bijoux Méditerranéens: La légende du mauvais oeil

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L'influence du mauvais oeil sur les bijoux méditerranéens

Oeil bleu porte bonjeur

Dans les pays méditerranéens, les bijoux possédant un motif d’oeil bleu font partie intégrante de la culture populaire. Mais d'où provient cet attrait pour les bijoux en forme d’oeil? Cela est-il simplement dû à l’esthétisme de la forme de l’oeil, ou bien y a-t-il une raison culturelle plus profonde ?

Les bijoux oeil bleu ne sont évidemment pas qu’une simple mode explicable par une question de goût. Il y a à l’origine, un phénomène culturel autour de cette tradition remontant à de nombreux siècles. En effet, les bijoux avec un oeil bleu ont été originellement créés en tant que amulette servant à se protéger de la malédiction du “mauvais oeil”.

Bijou oeil bleu porte bonheur

Qu’est-ce que la superstition du mauvais oeil ?

D'après la légende, le “mauvais oeil” est une malédiction jetée par le regard d’une personne jalouse dans le but de provoquer malheur et malchance sur la personne enviée.

Cette croyance, très présente dans l’Islam et le judaïsme, connaît beaucoup d’adeptes dans toute la région méditerranéenne. En partie à cause de l’influence de l’ancien Empire Ottoman qui, grâce à sa puissance militaire et commerciale réussit à propager la légende dans de nombreux ports méditerranéens.

porte bonheur oeil bleu

Même si le concept et la signification du mauvais oeil varient selon les peuples et les pays, devant la menace de cette force, de nombreuses cultures ont pris des mesures pour s’en protéger.

Beaucoup de formes de défenses ont été créées pour repousser ce mal : incantations, rituels, etc. Cependant, la forme la plus populaire reste le talisman défensif. Créé pour dévier la malédiction, le talisman permet de contrer la malédiction de manière préventive car, dans la plupart des cultures, quand le mauvais oeil est lancé la personne visée n’est même pas consciente du mal qui lui est souhaité.

Il existe un talisman très connu dans toute la Méditerranée à cet effet : le “Nazar Boncuk” ou “oeil grec” selon les pays et les versions. Ce talisman prend la forme d’un oeil et permettrait de repousser les mauvais sorts efficacement et ainsi de protéger les personnes et leurs biens. Le Nazar Boncuk ressemble à un disque en forme de goutte et respectivement faite de quatre cercles concentriques allant du bleu foncé au noir en passant par le blanc et le bleu clair.

Ce symbole peut se trouver suspendu au dessus des portes d'entrée, sur les murs des maisons, ou dans les voitures. Si un oeil bleu se brise, c'est qu'il a joué son rôle, il a « repoussé le mal ». Il faut alors immédiatement le remplacer par un nouveau.

Légendes de l'oeil bleu

Quelle est l’origine du Nazar Boncuk ?

L’origine de l’amulette, vient de la culture populaire turque. En effet, dans un premier temps, la perle de verre originelle servant à donner sa forme de “goutte” à l’amulette provient de la Méditerranée antique et est associée au développement de la fabrication du verre. On trouve les premières traces de ces perles décoratives dans des documents datant du XVIe siècle avant J. -C. Les perles de verre ont été surtout fabriquées et utilisées dans le monde antique où elles étaient extrêmement appréciées pour leur aspect esthétique et leurs multiples déclinaisons possibles. Généralement, ces perles étaient colorées et imitaient des formes connues comme des animaux, des astres, des plantes, etc. C’est à cette époque que l’on a vu apparaître les premiers souffleurs “professionnels” servant à donner des formes originales au verre.

Main de Fatima et mauvais oeil

Le Nazar Boncuk n'a été officialisé comme talisman contre le mauvais œil, sous sa forme actuelle, que durant le début de l'Empire ottoman à la fin du XIII siècle. Ce sont les premiers artisans verriers arabes installés dans la ville d'Izmir en Turquie actuelle. Ils décidèrent, en voyant l'art de la verrerie perdre de sa popularité, de combiner la légende du mauvais œil avec un talisman de verre en forme d’oeil pour revitaliser leurs arts. Ce fut un succès et cette amulette rentra peu à peu dans les mœurs et la culture de beaucoup de pays du bassin méditerranéen.

Bracelet oeil bleu porte bonheur

Comment la tradition du Nazar Boncuk s'est-elle adaptée au bijou?

Le talisman Nazar Boncuk s'est adapté au changement d'époque en laissant son rôle protecteur de côté en se transformant en un style de bijou à part entière. Cela est dû notamment au fait qu’au fil des années, la population méditerranéenne a adouci son mode de vie en entrant dans une période de paix prospère où les différents empires étaient unis, le besoin de survie se fit donc moins ressentir. Les mentalités évoluèrent et cela laissa place à la culture et à l’art. Dans toute la Méditerranée, les peuples commencèrent à acheter des objets de moins en moins pour leur côté “utile” et de plus en plus pour leur côté esthétique. Les achats effectués simplement pour la survie devinrent de plus en plus rares et on note une prolifération du commerce de bijoux, de soie et de vêtements. Par conséquent, les bijouteries se développèrent aussi rapidement que le savoir-faire des artisans bijoutiers.

Mais tout cela se déroula après de très longs changements de moeurs qui laissèrent le temps au bijoutiers de remanier le talisman en un style de bijou unique qui plut aux peuples méditerranéens. L'oeil bleu devint alors de plus en plus représenté sur les bijoux, que ce soit en breloque, en pendentif amulette, et bracelet porte bonheur, pour le plus grand plaisir des superstitieux et superstitieuses qui pouvaient ainsi faire d'une pierre deux coups, porte un beau bijou et un porte-bonheur à la fois.

Bracelet jonc oeil bleu

Les étapes de la création du bijou oeil bleu contemporain

Les turcs étant très croyants de la légende du mauvais oeil, les bijoux oeil bleu n'eurent pas de mal à s’implanter en Turquie sous forme de pendentif rudimentaire. En effet, pour se protéger du mauvais oeil, les Ottomans créèrent des pendentifs basiques en enroulant des cordons autour des talismans Nazar Boncuk pour les porter autour du cou. En voyant la popularité de cette pratique, les bijoutiers d’Anatolie eurent l'idée de donner au bijou un côté plus esthétique et raffiné en créant des pendentifs plus travaillés, au motif de l’oeil de Nazar. Ce fut un énorme succès dans tout l’empire, à tel point que Kösem, l'une des femmes les plus puissantes de l'histoire ottomane qui dirigeait l’empire officieusement à la place de ses fils, se mit à en posséder plusieurs. Devant l’ampleur du phénomène, de nombreuses variantes de bijoux oeil bleu naquirent, comme, des boucles d’oreilles, des bagues ou des bracelets ou le fameux collier oeil bleu. La féminisation des bijoux eut pour conséquence un énorme succès auprès des femmes grecques qui furent conquises par ce style inédit rappelant le Nazar Boncuk déjà très courant en Grèce. La clé de son succès fut sa double utilité car il était à la fois perçu comme un bijou esthétique et comme un talisman de protection.

Les peuples voisins de l’Empire ottoman et grec qui subissaient leur l'influence commerciale furent eux aussi conquis par la beauté de ce nouveau style de bijou. Les pays musulmans, du Maghreb jusqu'à la péninsule Arabique, furent rapidement convaincus par ce nouveau bijou importé avec succès par les marins du fait de leur proximité religieuse et culturelle avec l’Empire Ottoman. Les bijoux oeil bleu furent importés dans les pays du nord de Méditerranée grâce aux différents raids commerciaux grecs et turcs et furent plus appréciés pour leur côté esthétique que leur côté mystique.


Collier oeil bleu Turquie

Ainsi le mauvais oeil a influencé tout l’art de la bijouterie méditerranéenne grâce à la création du talisman protecteur qui, plus tard se dériva en bijoux. Cette tradition s’installa d’abord en Turquie puis en Grèce. Grâce à l’influence religieuse et commerciale de chacun de ses puissants empires, cela permit de propager ce style de bijou de pays voisins à pays voisins de l'Italie, jusqu'au Maghreb, pour influencer aujourd'hui toute la société latine contemporaine.

Article écrit en partenariat avec Circé Ornamento

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