A la découverte des mines de Saphir d'Ilakaka


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Visite de la plus grande mine de Saphir à ciel ouvert du monde

 

RN7 de madagascar entre Tuléar et Refamiha

RN7 de Madagascar entre Tuléar et Refamiha


Au pied du massif de l'Isalo, au sud de Refamiha en arrivant par la célèbre Rn7 Malgache, un petit village nommé Ilakaka, du nom du cours d'eau qui la borde a connu en 20 ans une métamorphose incroyable.

La raison à cela? Un "Vazaha" (Littéralement "Blanc" en malgache, mais le terme désigne les étrangers en général) venu acheter des sacs de sable dans cette petite bourgade nichée au pied du massif du parc national de l'Isalo, une merveille Géologique, c'est aperçu que ce sable contenait de petites pierres colorées.

Conscient qu'il venait là de faire une découverte de taille, le Français pris le temps de les faire expertiser et remonta à Antananarivo la capitale, afin de réaliser les formalités administratives lui permettant d'obtenir une concession dans la rivière Ilakaka et d'exploiter légalement ce qu'il préssentait être un gisement de pierres précieuses.

Gisement d'Ilakaka s'étend sur 250km

Gisement s'étendant à perte de vue

La fièvre du saphir, le remake malgache de la ruée vers l'or

Surprise, à son retour dans ce village d'à peine 200 âmes, il trouva nous dit-on 2000 à 3000 personnes en train de creuser à la pelle sur les rives du cours d'eau!

Hommes creusant un trou de Saphir dans les mines d'Ilakaka

Hommes creusant un trou de Saphir dans les mines d'Ilakaka


La rumeur s'était répandue comme une traînée de poudre et la région connut un boom de migration digne des grandes heures du Far West Américain à la fin du 18è siècle!

Ca n'était non pas la ruée vers l'or mais la ruée vers le Saphir à Madagascar dans la fin des années 90 et le début des années 2000.

La loi Malgache stipulant que quiconque pouvait avoir le droit d'exploiter la terre, si tant est qu'il loue le terrain à son propriétaire, finance l'exploitation du gisement et s'engage à lui racheter la production récoltée, la diaspora Malgache et certaines grandes familles ont vite fait main basse sur ces gisements de Saphir.

Les études géologiques ont montré que le filon s'étendait sur près de 250 km le long du lit alluvionnaire primitif de la rivière Ilakaka, pour près de 50 km de large, le gâteau était donc très gros à partager et nombreux sont ceux qui ont pu profiter de la poule aux oeufs d'or.

Cette mine est devenue ni plus ni moins que la plus grande mine de Saphir à ciel ouvert du monde, fournissant à ses plus belles heures près de 70% des Saphirs mondiaux, mais également toute une ribambelle de pierres fines diverses et variées telles que la spinelle, le grenat, la célestine, l'alexandrite, le chrysobéryl (oeil de chat) et bien d'autres encore... Un bonheur pour les bijoutiers du monde entier, pour les collectionneurs de gemme et pour tous les amoureux de bijoux et de pierres fines!

Géode de Célestine extraite dans la plaine de l'ihorombe

On ne trouve pas que du saphir à Ilakaka: Géode de Célestine extraite dans la plaine de l'ihorombe 

 

Ilakaka, ville champignon sortie du désert

Du village illakaka est sortie une ville, tel un champignon au milieu du désert de terre rouge de cette vaste plaine semi-aride, apportant prospérité, certes, mais également insécurité, dans cette île une fois et demi plus grande que la France, mais faisant partie des pays les plus pauvres au monde.

Centre ville d'Ilakaka Madagascar

Centre ville d'Ilakaka, Madagascar

Echoppe vendant le matériel pour travailler à la mine

Echoppe vendant le matériel nécessaire pour travailler à la mine



Toute la vie de ce petit village de campagne s'articule désormais autours du Saphir et de ses mines, les échoppes vendent à même la rue tout le matériel nécessaire au travail à la carrière, barre à mine, pioches, pelles, écuelles, tamis, pompes à eau et autres outils utiles aux mineurs

Le travail à la mine

Grande surprise pour nous en arrivant à la mine, nous nous imaginions pour un gisement si grand et réputé si productif, un va et vient permanent de camions bennes, un bal incessant de pelleteuses mécaniques, et bien rien de tout cela! On travaille ici à la Malgache!

Absolument tout se fait à la main, l'appareil le plus sophistiqué que nous ayons trouvé sur place est une pompe à eau à moteur thermique, probablement déjà réparé un demi douzaine de fois, permettant d'extraire l'eau une fois le gisement atteint. Tout le reste se fait à la main!


On creuse un "Trou de saphir"

Mineurs creusant un  trou de saphir

Mineurs creusant un  trou de saphir


La tâche n'est pourtant pas aisée, le but étant d'atteindre le lit primaire de la rivière, situé à 25 mètres sous le niveau zéro, les mineurs doivent dégager, à la pelle donc, 25 mètres de sable dit stérile, matière qui ne contient aucune pierre et qui n'est généralement même pas tamisée.

Pompage d'un trou de Saphir Ilakaka Madagascar

Pompage d'un trou de Saphir Ilakaka Madagascar


L'organisation est simple, on remonte le filon en suivant le lit de la rivière et on creuse des "trous de Saphirs" de 5-6 mètres carrés sur le lit de la rivière. Une fois le liquide atteint, on pompe l'eau, on reccueille des sacs de sables, qui sont remontés afin d'êtres nettoyés et tamisés un peu plus loin dans la rivière.

Une fois le sable potentiellement chargé de pierres extrait, le trou est déclaré épuisé. On commence alors un autre trou adjacent, en rebouchant le trou que l'on vient d'épuiser.

Trou de Saphir épuisé

Trou de Saphir épuisé

Un vrai travail de fourmis, mais à Madagascar, la main d'oeuvre est nombreuse et peu onéreuse, la mine fait vivre des milliers de familles venues d'un peu partout de la grande Île. Chaque mineur est payé 10000 ariary (environ 2.5€) par jour pour environ 8 heures de travail, soit un peu plus que le salaire de base local (50€ mensuel)

Autre spectacle saisissant, la mine est un terrain de jeu à ciel ouvert pour les enfants du village, ils regardent les hommes travailler, ils glissent sur les immenses tas de sable et jouent au football pendant que leurs parents travaillent.

Enfant d'Ilakaka

Enfant d'Ilakaka

Le rendement de ce gisement? Les données les plus optimistes donnent 1.3 à 1.5 gramme de pierre par mètre cube de sable extrait.


Tamisage du sable, nettoyage et extraction des pierres


Les sacs de sable sont alors déplacés selon les moyens locaux en bord de rivière, portant ainsi tous les espoirs de familles entières

Taxi-brousse transportant des sacs de sable

Taxi-brousse transportant des sacs de sable

Sacs de sables prêts à être tamisés en bord de rivière

Sacs de sables prêts à être tamisés en bord de rivière


Commence alors l'étape cruciale du nettoyage puis du tamisage du substrat, directement dans la rivière, et là encore à main d'hommes, les femmes étant également mises à contribution.

Nettoyage du sable à saphir dans la rivière

 Nettoyage du sable à saphir dans la rivière

Tamisage du sable et collecte des pierres fines

Tamisage du sable et collecte des pierres fines


Les huit couleurs de saphir d'Ilakaka

Au mieux quelques grammes de pierres pour 10 sacs de sables tamisés, presque une aiguille dans une botte de foin! Le travail est long, fastidieux, il faut être attentif, mais le résultat, quand il est là est à la hauteur des efforts fournis!

On trouve pas moins de 8 couleurs de saphirs différents à Ilakaka, du rouge au jaune en passant par l'incolore, le fameux saphir étoilé, des saphirs bleus, bien sûr, du saphir vert, du multicolore, le spectre des couleurs est large!

Du saphir certes, mais aussi, nous vous le disions une multitude de pierres moins précieuses mais qui se revendront tout de même à bon prix.


8 couleurs de saphirs d'ilakaka

8 couleurs de saphirs d'ilakaka (source: gem-pro.com)

La taille des pierres


Toute la chaîne des lapidaires et tailleurs de pierres est évidemment présente à Ilakaka, ces métiers plus spécifiques, affaire de spécialistes ne sont pas réservés aux premiers venus. Là encore la Diaspora Karan (descendant des Indiens souvent de confession musulmane qui ont immigré dans cette ex-colonie Française depuis plusieurs générations et qui forment des grandes familles souvent très influentes à Madagascar) tient les ficelles. On a débauché les meilleurs tailleurs de la grande île pour former des bataillons de tailleurs qui valorisent par leur savoir faire le fruit des entrailles Malagasy. 

Les pierres sont triées, valorisées, traitées, taillées sous diverses formes (navettes, cabochons...) et proposées aux acheteurs et négociants du marché mondial de la Bijouterie et autres collectionneurs de pierres, qui possèdent tous des intermédiaires sur place.

Taille d'un saphir en cabochon dans un atelier d'ilakaka

Taille d'un saphir en cabochon dans un atelier d'ilakaka



Nos impressions sur place

Nous nous étions un peu renseigné sur ces mines avant le départ, les plus grandes mines à ciel ouvert au monde, et comme toujours à Madagascar, nous avons dû laisser nos a priori de côté! Insaisissable impression d'un voyage dans le temps, d'un grand bon en arrière. 

Mine très peu, voire pas mécanisée, faisant vivre des dizaines de milliers de familles. Survivre pourrait-on dire? Mais c'est bien de vivre dont il faut parler, puisque les salaires des mineurs sont un peu supérieurs à ceux pratiqués dans le reste du pays.

Grandeur et décadence, c'est toujours le sentiment qui s'impose à moi au retour de Madagascar. Grandeur, tant le pays est riche, regorge de ressources naturelles, de matières premières, de terres vierges au potentiel inexploité, mais surtout riche de ses hommes et sa population, des ses sourires, joyeuse, généreuse et dévouée.

Mais décadence, également, tant il parait incompréhensible qu'avec de tels atouts, cette population soit réduite au tiers monde, voire au quart monde, tant ils manquent de tout et tant la voie de sortie parait loin. Décadence, tant il est navrant de voir à quel point une poignée de familles riches et de vazahas tirent seuls les bénéfices de cette richesse qui devrait profiter à tous.

Ces gens vivent ce que nous occidentaux appelons la misère, mais vivent avec le sourire, s'accommodent de ce qu'ils ont et s'en satisfont. Il manquent de tout, mais donnent aussi l'impression qu'ils ont tout pour eux.

Ce que nous jetons, eux le recyclent, le réutilisent, le réparent et le re-réparent. L'inventivité, la débrouillardise et la générosité étant probablement pour eux ce qu'il reste quand on n'a pas le choix!

Et si finalement, la vérité c'était eux qui la possédait?

Une sacré remise en question...assurément un très beau voyage!


Coup de coeur particuliers aux enfants d'Ilakaka et de la grande île en général

enfants  d'ilakaka Madagascar

enfant de la mine d'Ilakaka

Groupe d'enfants à ilakaka madagascar

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